Mai 2003


Perspectives sectorielles

La dégradation du contexte géopolitique international, l'augmentation du prix de l'énergie et l'inquiétude relative aux menaces terroristes, ont différé la reprise attendue.

La perte de confiance des ménages pèse sur les perspectives de débouchés du secteur de l'automobile, de la grande distribution et du textile. Le secteur de la construction devrait aussi globalement connaître un léger recul.

La production et les ventes mondiales de véhicules automobiles neufs reculent en raison du décrochage des marchés nord-américain et européen qui sortent de plusieurs années fastes. Les marchés japonais et sud-américains continuent de stagner à un bas niveau. L'Asie, hors Japon, est le seul marché conséquent bénéficiant d'un profil dynamique. En dépit de cette évolution mondiale défavorable, le niveau d'activité reste historiquement élevé.

Si le risque de défaillance d'un constructeur ou d'un importateur grossiste demeure limité, il est plus important pour les équipementiers qui subissent de fortes pressions sur les prix et les délais de la part de leur donneurs d'ordre.

La grande distribution
La distribution subit le ralentissement de la consommation aux Etats-Unis et en Europe, et son atonie au Japon. Les hypermarchés, les grands magasins sont plus touchés que les autres types de points de vente, les consommateurs ayant tendance à préférer à nouveau la proximité et les surfaces moyennes. Par ailleurs, le commerce non-alimentaire est plus affecté que l'alimentaire dont l'activité résiste traditionnellement mieux au ralentissement de la consommation. Enfin, le discount est plus favorisé que le commerce de luxe touché par la désaffection des touristes.
Paradoxalement, les défaillances qui s'étaient multipliées aux Etats-Unis et au Japon jusqu'en 2001, ont nettement diminué. Cependant, le poids de la concurrence de Wal Mart sur un marché américain peu dynamique pourrait provoquer des incidents (cf. FAO dans le jouet). De même, la fragilité de certains acteurs allemands n'a pas disparu, alors même que la consommation reste déprimée et que la concurrence des discounteurs ne se relâche pas.

Le textile habillement
La concurrence des pays à bas coûts de production ne touche plus seulement l'aval de la filière mais également l'amont. Le secteur est, de plus, confronté au ralentissement de la consommation et du marché de l'ameublement en Europe et aux Etats-Unis, ainsi qu'à la méforme du secteur automobile et aéronautique civil. La note de conjoncture se stabilise donc à un très faible niveau. Seul le segment des textiles techniques, destinés par exemple aux travaux publics ou à un usage médical, continue de prospérer. Dans ce contexte, les délocalisations et les fermetures d'entreprises vont se poursuivre.

La construction
Ce secteur est étroitement lié à la conjoncture locale. Ainsi, aux Etats-Unis, le niveau d'activité dans la construction de logements reste excellent, même si une réduction est observée. Dans la construction non résidentielle, l'activité reste au contraire atone sauf en ce qui concerne les locaux éducatifs et hospitaliers. Les travaux publics continuent de bien se porter, mais les difficultés budgétaires des collectivités locales et des Etats pourraient entraîner un ralentissement.
En Europe occidentale, le marché du logement se porte toujours très bien, même s'il plafonne depuis quelques mois. Après plusieurs années fastes et l'apparition d'une bulle dans plusieurs pays (comme au Royaume-Uni), il ne serait pas étonnant qu'une baisse intervienne plus tard dans l'année. La construction non résidentielle devrait poursuivre le recul entamé en 2002. Les travaux publics, qui jusqu'à présent jouissaient d'un bon niveau d'activité, pourraient être confrontés à la détérioration des comptes publics.
Au Japon, l'activité continue d'être déprimée dans l'ensemble du secteur. Le déficit des comptes publics et la montée du chômage ne permettent pas d'envisager une amélioration.
En dehors des cas spécifiques du Japon et de l'Allemagne, les risques d'impayés demeurent supérieurs dans le domaine du commerce de matériaux et engins de construction que chez les constructeurs eux-mêmes.

L'absence de redémarrage de l'investissement affecte les secteurs de la mécanique et de nombreux segments de la filière des Nouvelles Technologies de l'Information et des Télécommunications (NTIC) tandis que le retournement à la hausse du cycle de produits intermédiaires, tels que la chimie, le papier ou l'acier, est reporté.

Pour l'heure, les chefs d'entreprise européens, japonais et américains, sont confrontés à la fois à la dégradation de situation internationale, à la montée du prix de l'énergie, au ralentissement de la consommation des ménages et du commerce international et à la rechute des places boursières. Leur confiance diminue donc, ce qui retarde la reprise de l'investissement en biens d'équipement dans ces régions. Le bas niveau des taux d'intérêt directeurs n'est pas suffisant pour relancer l'activité, d'autant que les banques se montrent extrêmement prudentes dans l'octroi de leur crédit. Tous les compartiments sont touchés, qu'il s'agisse de la mécanique, de la machine-outil ou des équipements électriques. Ces derniers sont, de plus, affectés par la méforme de la construction non résidentielle.
Le redémarrage n'est pas attendu avant le second semestre 2003. La note de conjoncture passe néanmoins de 2 à 4 entre 2002 et 2003.
En dépit de ce contexte encore défavorable, les incidents de paiement restent relativement peu nombreux. En effet, les industriels continuent de réaliser de bonnes ventes en Asie, au Proche et Moyen-Orient et en Europe centrale et orientale, tout en parvenant à maintenir leur prix et leur rentabilité. Toutefois, la hausse de l'euro pourrait affecter la compétitivité de l'offre européenne.

Les composants électroniques
Après avoir stagné à un bas niveau en 2002, l'activité reprend doucement. Cette reprise est très marquée en ce qui concerne le marché asiatique, mais très modérée sur les autres marchés. De plus, elle intéresse surtout les composants destinés aux téléphones mobiles et à l'électronique de loisirs et relativement peu ceux entrant dans la fabrication des ordinateurs et des biens d'équipement industriels.
Les composants destinés aux moyens de transport sont mal orientés en raison du recul de l'industrie automobile.
La forte concurrence sur les prix et la stagnation de la demande se sont accompagnées d'une baisse de la rentabilité et parfois de pertes. Cependant, les réserves accumulées lors de la précédente phase haussière, l'appartenance à de grands groupes et la diversification permettent d'éviter les incidents de paiement.

L'informatique
En dehors des zones émergentes d'Asie et d'Europe, les ventes d'ordinateurs, d'assistants personnels et de serveurs ne reprennent que lentement et ne bénéficient plus des progressions exponentielles de la décennie précédente.
Les ventes aux particuliers, portées par le développement de l'Internet demeurent plus vaillantes que celles aux professionnels qui dépendent largement de la reprise de l'investissement.
La forte concurrence régnant dans le secteur (cf. par exemple le poids de Dell) limite la rentabilité des fabricants et pousse aux restructurations (fusion Compaq Hewlett Packard). Même la sous-traitance est malmenée. Ce sont cependant les grossistes et les chaînes de revendeurs qui demeurent le maillon le plus exposé.

Les télécommunications
Exceptés les terminaux de téléphonie mobile dont les ventes mondiales progressent de nouveau en raison de l'essor des marchés émergents et de l'engouement pour les écrans couleur et les nouvelles fonctionnalités comme la prise de vue, la demande d'équipements de télécommunication continue de reculer. Les ventes sont déprimées par l'absence de démarrage de l'UMTS en Europe, la pléthore de capacités de transport et de commutation aux Etats-Unis et en Europe, et par la situation financière délicate de nombreux opérateurs. Le dynamisme des marché émergents ne peut compenser le recul des grands marchés. Les grands équipementiers finissent de purger leurs comptes au prix de pertes considérables, mais leur activité devrait pouvoir repartir sur des bases assainies. Les principaux fabricants de téléphones mobiles ont certes conservé une situation bénéficiaire, mais doivent faire face à une concurrence asiatique croissante.
Les opérateurs de télécommunication, en dehors des zones émergentes, sont confrontés à un marché mature, à une forte concurrence et, souvent, à un endettement considérable. Cependant, dans la mesure où les opérateurs alternatifs ont pour la plupart disparu de la scène, il ne reste pratiquement plus que les opérateurs historiques dont la taille et la diversification devraient leur permettre de passer ce mauvais cap.

La chimie
La reprise entamée en 2002 est considérablement freinée par la conjonction de l'envolée des cours des cours de l'énergie et de la mollesse de la demande.

La chimie européenne est, de plus, désavantagée par la baisse du dollar qui pèse sur sa compétitivité. Dans ces conditions, le véritable redémarrage n'interviendra qu'en fin d'année, tandis que les restructurations industrielles vont se poursuivre.
En dépit de la légère augmentation des impayés au cours de 2002, la prévalence des incidents de paiement reste faible, y compris dans la distribution de produits chimiques.

Le papier
La reprise modérée observée en 2002 semble faire long feu en ce début d'année 2003. Les stocks de pâte ont à nouveau tendance à augmenter, tandis que la remontée des cours reste très limitée. Les papetiers, certes bénéficient d'une matière première encore bon marché, mais sont confrontés à une envolée du prix de l'énergie et à une demande qui ne repart pas vraiment. Seule leur maîtrise accrue de leur production leur permet d'éviter une chute prononcée des prix. En définitive, ce sont les négociants et les transformateurs de papier et de carton (comme les fabricants d'emballages) qui demeurent les plus fragiles.

L'acier
L'imposition par les autorités américaines de quotas et de droits de douane sur leurs importations d'acier en mars 2002, a entraîné une remontée des cours des produits sidérurgiques (très marquée pour les produits plats, mais légère pour les produits longs) qui s'est propagée à l'ensemble du monde. De plus, la montée des prix a été beaucoup plus sensible en Asie que partout ailleurs, car il s'agit de la seule région du monde où la demande augmente sensiblement. Dans les autres zones, cette montée des prix a résulté d'une diminution artificielle de l'offre. La rentabilité des sidérurgistes américains, dont beaucoup fonctionnent sous le régime du Chapter XI, s'en est trouvée améliorée.
Cependant, des restructurations seront encore nécessaires pour renforcer la solidité du secteur, et ce d'autant plus que l'amélioration actuelle pourrait être de courte durée en l'absence de reprise significative de la demande.
En dehors des Etats-Unis, les négociants sont plus exposés aux incidents de paiement que les sidérurgistes eux-mêmes.

Les transports aériens et le tourisme subissent encore la désaffection d'une clientèle inquiète du risque terroriste, du climat de guerre et de l'épidémie de pneumopathie atypique.

Tourisme et Transport
L'activité du secteur reste globalement déprimée et ne retrouve pas la forte progression qui prévalait jusqu'en 2000. Le tourisme d'affaires est toujours obéré par le souci des entreprises de réduire leurs dépenses, et celui de loisirs par les craintes persistantes d'actes terroristes avivées par la situation internationale. Cependant, tous les segments et toutes les aires géographiques ne sont pas dans la même situation.
Les compagnies aériennes fortement dépendantes du trafic avec l'Amérique du nord, l'Asie, le Moyen-Orient, et à l'intérieur de ces régions, sont beaucoup plus touchées que les autres, ainsi que le montre la situation dégradée de nombreuses compagnies nord-américaines, britanniques et asiatiques. Le tourisme de luxe (hôtellerie, casino, restauration, divertissement) souffre de la désaffection de la clientèle argentée en provenance d'Amérique, du Proche-Orient ou du Japon. Les acteurs du secteur, plus orientés sur le moyen et bas de gamme, sur une clientèle de proximité et sur des destinations jugées moins risquées, sont moins exposés.

A l'inverse, la pharmacie bénéficie toujours d'un environnement globalement porteur bien que la pression sur les marges s'accentue.

La pharmacie
En dépit de l'atonie de l'économie mondiale et des réductions de prix imposées en Europe et au Japon, les perspectives de vente restent favorablement orientées. Le marché nord-américain (51% du total) continue de tirer l'activité. Cependant, la rentabilité du secteur, certes toujours confortable, tend à décroître en raison de la concurrence croissante des génériques, des coûts accrûs de recherche et du développement des contentieux liés à la sécurité sanitaire.
Les impayés restent rares, y compris chez les grossistes. Des accidents ne sont cependant pas à exclure. Ainsi, le retrait imposé et subit d'un médicament peut fragiliser un laboratoire de petite ou moyenne taille. Enfin, l'ouverture rapide du marché japonais aux fabricants étrangers et aux génériques peut poser des problèmes aux laboratoires locaux de petite ou moyenne taille.




RESERVE : Le présent document reflète l'opinion du Département Etudes Economiques et Risques Pays de COFACE, à la date de sa rédaction et en fonction des informations disponibles ; il pourra être modifié à tout moment. Les informations, analyses et opinions qu'il contient ont été établies sur la base de multiples sources jugées fiables et sérieuses ; toutefois, COFACE ne garantit en aucun cas l'exactitude, l'exhaustivité ou la réalité des données contenues dans le présent document. Les informations, analyses et opinions sont communiquées à titre d'information et ne constituent qu'un complément aux renseignements dont le lecteur dispose par ailleurs. COFACE n'a aucune obligation de résultat mais une obligation de moyens et n'assumera aucune responsabilité pour les éventuelles pertes subies par le lecteur découlant de l'utilisation des informations, analyses et opinions contenues dans le présent document. Ce document ainsi que les analyses et opinions qui y sont exprimées appartiennent exclusivement à COFACE ; le lecteur est autorisé à les consulter ou les reproduire à des fins d'utilisation interne uniquement sous réserve de porter la mention apparente de COFACE et de ne pas altérer ou modifier les données. Toute utilisation, extraction, reproduction à des fins d'utilisation publique ou commerciale est interdite sans l'accord préalable de COFACE. Le lecteur est invité à se reporter aux mentions légales  présentes sur le site de COFACE.